Peu importe une fausse note, c’est la bonne sensation qui compte !

Le temps d’un été, l’Artikuss a joué les résidences pour jeunes musiciens d’exception. Nous avons assisté aux répétitions et aux enregistrements, question de prendre la température ambiante.

Parfois, une période qui sort de l’ordinaire peut être un catalyseur d’idées qui n’auraient pas eu facilement cours en temps normal. Tel est le cas pour le projet Artists in residence, qui s’est déroulé tout au long de l’été à l’Artikuss et dont le responsable, Serge Blasen, nous a confié que « la situation actuelle impacte lourdement le domaine artistique, personne ne s’en étonnera. Comme cela faisait un bout de temps que nous réfléchissions aux résidences d’artistes, le moment idéal pour nous lancer était venu. »

Ainsi, en août et en septembre, la chance unique a été offerte à trois ensembles de musiciens de répéter, de jouer et aussi d’enregistrer dans un cadre professionnel et cela pour toute une semaine. « Nous voulions surtout soutenir de jeunes et talentueux artistes venant du jazz ou du registre classique, auxquels le Luxembourg ne propose que rarement des résidences », toujours selon Serge Blasen.

 

Qua Qua

 

Les ensembles de jazz Qua Qua et Lysander, ainsi que le trio de trombones The Rolling Bones, ont été autants de garants de qualité pour la première édition de cette initiative. « Lorsque l’opportunité d’une telle résidence vous est proposée, il n’y a pas à hésiter », tel est le point de vue de Daniel Migliosi, qui du haut de ses seize ans se range déjà parmi les virtuoses de la trompette. Michel Meis, percussionniste de son ensemble, lui emboîte le pas : « Le fait de rester entre nous 24/24h crée une dynamique de groupe particulière. Pour nous, qui ne répétons pas très souvent ensemble, de telles journées valent leur pesant d’or. On peut comparer cela à une équipe de foot : il faut du temps pour que des talents individuels se mettent au…diapason. »

Sourire en coin, Serge Blasen nous rappelle qu’au-delà du divertissement, une résidence constitue également un moment structuré : « Une collaboration de ce genre ne peut être productive qu’au prix de l’engagement respectif des deux parties en cause. En tant que commune, au-delà d’une salle, nous fournissons tout ce qui va avec, comme l’équipement professionnel, l’ingénieur du son, le vivre et le logement. De leur côté, les artistes s’engagent à appréhender l’aventure avec le sérieux qui s’impose et à donner un concert à l’Artikuss. »

Si la situation le permettra, ce concert commun des trois ensembles se tiendra le 12 décembre 2020 à l’Artikuss. Le disque qui sera également présenté à cette occasion comportera peut-être l’une ou l’autre fausse note, mais qu’à cela ne tienne, d’après les dires du pianiste Mathieu Clement : « Le plus important dans un enregistrement, c’est l’énergie. Une fausse note importe peu, pourvu qu’on tienne le bon groove et une bonne sensation. »

 

Lysander

Cette bonne sensation, le groupe expérimental international Lysander la ressentie aussi. Les Lysander se sont rencontrés à Amsterdam et leurs racines touchent toute l’Europe. Le saxo Joël Metz en est sûr : « Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance d’avoir un ingénieur du son à ses côtés. Et puis quelle belle expérience que d’avoir pu enregistrer nos propres morceaux dans des conditions professionnelles ! »

 

The Rolling Bones

La participation du trio de trombones The Rolling Bones se distingue un peu par rapport aux autres, car il s’est expressément formé en vue de la résidence, selon le propre aveu de Nick Engel. En fait, cela surprend un peu que cet ensemble se soit trouvé pour ainsi dire aussi tard : Nick, Daniel et Dino se connaissent en effet depuis l’enfance ou presque. « Nous avons tous fait nos premiers pas au Conservatoire d’Esch-sur-Alzette sous la houlette de Claude Origer. C’est là que nous avons déjà joué ensemble dans toutes les configurations possibles, mais jamais rien que nous trois. » En tout cas, nos trois cuivres n’ont pas regretté leur expérience à l’Artikuss : « Nous avons vite pris conscience que notre trio était en train de trouver un son à lui. Cela fait du bien d’avoir la sensation de progresser, de constater que tout le travail et les répétitions en valaient la chandelle. »

 

Pour Serge Blasen le bilan de cette première est tout aussi positif : « L’enthousiasme et l’application de tous les participants faisait plaisir à voir. Pour cette raison, mais pas seulement pour celle-là, je prédis un bel avenir aux résidences d’artistes de l’Artikuss. »

 

* tenuto (de l’italien, signifiant tenir) est une articulation sur une note que l’on maintient dans le temps. Elle se note d’une barre horizontale.

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